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20 sept.

Thibaud Leclerc, fondateur de Trustin Africa

Pour le troisième numéro de la série « Regards d’Alumni Afrique », Sciences Po Alumni Afrique vous propose de découvrir le profil et parcours de Thibaud Leclerc (Promo 10), fondateur de Trustin, qui accompagne des PME et des ETI sur tout le continent africain. 

Thibaud Leclerc (promo 10), fondateur de Trustin Africa

 

Pourquoi avoir rejoint Sciences Po Paris, et en quoi l’école a-t-elle influencé la suite de votre parcours ?

J’ai rejoint Sciences Po, après un cursus en philosophie, avec l’idée de faire quelque chose de plus concret et « vivant ». Je suis ainsi passé directement de la philosophie à la finance, d’Aristote à la comptabilité générale, en intégrant le Master Finance et Stratégie.

C’est pendant mon passage à Sciences Po, et plus précisément pendant mes stages, que le virus de l’entrepreneuriat et des startups m’a pris. Alors que beaucoup de mes camarades privilégiaient la banque d’affaires ou le conseil, j’y ai vu un peu d’aventure et la liberté de poursuivre une vraie quête.

Vous êtes PDG-Fondateur de Trustin Africa, la plateforme qui connecte les entreprises souhaitant se développer en Afrique à de jeunes talents locaux. Quelques mots sur votre carrière ?

Après ma sortie de Sciences Po, j’ai travaillé quelques années comme manager dans le secteur de l’e-commerce, tout en gardant en tête l’idée de créer mon entreprise.

Avec mon associé Etienne Morne, ami de longue date, nous avons alors testé, pendant plusieurs mois, maintes idées, certaines plus intéressantes que d’autres, dont la vente d’études de marché par abonnement aux PME. C’est dans le cadre de ce premier projet que des clients PME nous ont demandé de les accompagner à l’international, et notamment en Afrique. Nous avons ainsi assisté le développement au Cameroun de l’activité de l’un de nos clients, une PME dans le domaine des services à l’industrie.

Cette expérience nous a convaincu de l’existence d’un « trou dans la raquette » dans l’accompagnement des PME et ETI sur le continent africain, notamment en ce qui concerne le recrutement de compétences locales. Cette difficulté à identifier les talents à qui pouvoir confier leur activité constitue un des freins perçus principaux au développement des entreprises étrangères sur le continent.

Afin de faire disparaître cette réticence, il nous a paru évident d’orienter notre projet dans la mise en relation de ces entreprises avec les jeunes talents formés dans les universités et écoles locales, de faire naître ce dialogue direct et cette collaboration entre les entreprises et les jeunes.

Trustin accompagne les projets des entreprises étrangères, principalement les PME et ETI, dans leurs projets de développement sur le continent africain. Une entreprise nous expose son besoin (étude de marché, prospection commerciale, démarches administratives et juridiques…), nous sélectionnons pour elle les intervenants les plus qualifiés au sein de notre communauté Trustin locale et par la suite supervisons la réalisation de la mission, grâce à nos bureaux locaux et à nos managers référents. Nous prenons en charge également toutes les formalités administratives, portons les contrats de travail et gérons l’ensemble pour le compte de nos clients.

Nous leur permettons ainsi d’externaliser leur développement international à des relais de confiance locaux, et d’inclure les talents locaux dans leur croissance.

Notre communauté d’intervenants est aujourd’hui composée de près de 10 000 intervenants, dans 20 pays, principalement francophones d’Afrique de l’Ouest et Centrale, avec des bureaux régionaux à Dakar, Abidjan et Douala et des managers référents dans l’ensemble des pays dans lesquels nous opérons.

Notre projet est de nous développer dans plusieurs grands pays anglophones (Nigeria, Ghana, Ethiopie, Kenya, Tanzanie) au 4ème trimestre 2017 et de couvrir 90% du continent début 2018, avec une communauté Trustin de plus de 200 000 membres, avant de nous développer sur d’autres géographies, hors d’Afrique, à l’horizon 2019.

Pourquoi avoir choisi cette voie ? Comment percevez-vous votre rôle ? / Votre impact ?

Trustin est né d’un constat : la difficulté des PME à se développer à l’international. Nombre d’entre elles renoncent à leurs projets par réticence par rapport au risque que semble représenter le fait de faire des affaires en Afrique (ou ailleurs). Or, la croissance de ce tissu de PME est essentielle non seulement à la croissance économique en France et en Europe, mais aussi à la croissance des économies africaines.

Par son modèle inclusif, Trustin adresse également un sujet majeur d’un grand nombre de pays africains, l’employabilité de leur jeunesse. En effet, si le niveau des formations augmente, le nombre d’emplois disponibles reste insuffisant pour éviter l’exclusion d’une partie de la jeunesse (par exemple, en RDC, en 2016, le nombre de postes dans le secteur privé formel ne correspondait qu’à 3,5% des diplômés de l’année). De façon très pratique, il nous a semblé évident que cette jeunesse était la plus à-même d’accompagner les entreprises étrangères sur de nouveaux marchés, grâce à leurs compétences, leur connaissance de l’environnement business…

Nous nous sommes très vite retrouvés responsables et portés par l’enthousiasme des milliers de Trustees pour qui Trustin constitue un espoir de mettre un pied dans le monde de l’entreprise, grâce à des missions de pré-recrutement valorisantes et rémunérées.

De l’autre côté, nous sommes également persuadés d’avoir un rôle important à jouer pour « dédramatiser » l’Afrique auprès de nombreuses entreprises, en grande partie PME et ETI, en les rassurant sur la possibilité d’y développer leurs activités tout à fait normalement et en les aidant à amorcer leurs affaires sur les marchés africains.

En qualité d’entrepreneur, comment percevez-vous les dynamiques actuelles de l’entrepreneuriat en Afrique ? Quelles évolutions sont à prévoir ?

Nous avons la chance de nous situer à un carrefour entre le monde des entreprises et celui de la jeunesse, et de pouvoir en être les observateurs aussi bien que les acteurs, dans de nombreux pays.

Nous sommes aujourd’hui témoins d’un véritable engouement pour le continent africain, aussi bien de la part d’entrepreneurs français et européens à destination de l’Afrique (en témoigne l’index UP40 – Medef International des startups françaises prometteuses en opérant en Afrique, dont nous faisons partie, mais aussi nos clients PME), que sur place, avec la création de milliers de startups passionnantes partout sur le Continent. Les services mobiles, qu’ils s’adressent aux particuliers (paiement mobile, e-learning…) qu’aux professionnels (monitoring agricole…), comme l’e-commerce viennent remplir des besoins essentiels à des millions de personnes.

Nous sommes persuadés que cette tendance ne va faire que s’accentuer, avec l’éclosion de plus en plus de grandes réussites africaines dans ces secteurs, et nous l’espérons, d’une collaboration de plus en plus intense et équilibrée avec les entreprises d’ailleurs, et notamment de France. Dans cette optique, notre vision est de construire et d’encourager, via la communauté Trustin, nos clients étrangers et nos partenaires locaux, notamment startups, un véritable écosystème. Plus que d’ouvrir les entreprises européennes uniquement à un marché, les ouvrir également à des innovations, à des échanges et à une dynamique de synergies. Par exemple, dans le domaine agricole, que les innovations tech d’Afrique viennent inspirer les acteurs de l’agriculture européenne et que chacun se nourrisse des trouvailles des autres.

Ceci étant posé, il est nécessaire que les pays d’Afrique « transforment » l’essai de cette évolution entrepreneuriale, numérique et durable pour accentuer leur développement, pour certains en réduisant leur dépendance à la rente pétrolière par exemple. L’innovation et le changement s’accommodent mal de l’esprit de rente et de l’inertie que certains cultivent, dans leur intérêt.

Il me semble que l’essor actuel de l’entrepreneuriat peut constituer une illusion si les entrepreneurs et le monde économique en général accordent trop d’importance à l’aspect « paillettes » de l’écosystème startup, certes utile pour faire connaître son projet et susciter des vocations, mais dont les réussites ne préjugent aucunement de la survie du projet et pas assez à la nécessité d’acquérir de nouveaux clients et de construire leur offre produit. Cela semble être le cas de beaucoup de projets qui ont su construire des business model solides.

Comme partout, les startups qui fleurissent dans tous les pays d’Afrique ne connaîtront pas toutes le succès et l’entrepreneuriat ne sera pas la voie de salut pour tous les jeunes d’Afrique. En revanche, celles qui parviendront à percer constitueront les éclaireurs d’un développement économique équilibré et endogène.

Propos recueillis par Eva Ehoke (promo 16) 

 

Regards d’Alumni Afrique

Sous la forme de courtes interviews retraçant le parcours d’anciens de l’école actifs sur le continent, cette initiative célèbre la richesse et la diversité des profils des alumni originaires d’Afrique ou qui travaillent sur des problématiques ayant trait au continent africain

L’objectif de « Regards d’Alumni » est double :

1) inspirer la communauté des alumni et étudiants de Sciences Po par le récit de parcours singuliers

2) mettre en avant des secteurs et activités clés en Afrique et l'analyse que porte l'Alumnus sur les évolutions de son secteur d'activité en Afrique

Contact : afrique@sciencespo-alumni.fr

Pour relire le précédent entretien de la série, cliquez ici 




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